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Malgré le SIDA, J'ai la rage de vivre Imprimer Envoyer
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Jeudi, 27 Mai 2010 09:45

Séropositif depuis 19 ans, Patrice Basseville veut témoigner coûte que coûte. Contaminé lors d'un rapport homosexuel, ce Rennais de 41 ans parle pour prévenir. Raconte son histoire afin de briser les tabous. Crie qu'il faut se soigner.

 

Je suis homosexuel et séropositif depuis 9 ans. Je ne veux pas témoigner sous anonymat. Nous sommes trop nombreux à être des "Monsieur X", Aujourd'hui, je veux que l'on m'écoute. Je veux exister même si je suis porteur du virus du sida. »

«Ma vie a basculé en avril 1991. Un copain est venu me rendre visite pour trois semaines. Avant d'envisager tout rapport, il m'a demandé: "Patrice, as-tu déjà fait le test du VIH ?" Il me l'a imposé. Le jour où je suis venu chercher mes résultats, la secrétaire a refusé de me les remettre. Elle a appelé le médecin.

J'ai tout de suite compris ce que ça signifiait. Ce gars, rencontré dans un bar gay de Nantes, m'avait contaminé quelques mois auparavant. Nous avions fait l'amour sans capote. Une seule fois a suffi à me transmettre le VIH. »

 

« A 22 ans, j'ai encaissé la nouvelle comme une condamnation à mort. D'un coup, j'ai vieilli de vingt ans. C'est dur lorsqu'on a des projets en tête.

J'avais toujours espéré avoir un gamin avec une copine lesbienne. Plus question d'y penser. Depuis ce jour d'avril 1991, il n'y a pas un soir en me cou chant ou un matin en me réveillant sans que je pense à la maladie. A l'époque, j 'ai pourtant fait un blocage. Autour de moi, j'ai dit; "Stop, on n'en parle plus !" Je suis resté cinq ans avec un homme sans jamais lui avouer. Ce genre de chose s'annonce au début d'une relation. Plus tu attends, plus c'est compliqué à dire. J'ai même préféré quitter cet homme. La même épreuve s'est présentée plus tard. Avec mon nouveau copain, j'ai tenté des milliers de fois d 'aborder le sujet. Pourtant, nous étions pacsés et avions acheté une maison ensemble.

 

Finalement, j'ai attendu qu'il me demande: "On arrête la capote ?", Nous aurions fait un test et tout aurait été plus simple ... Il ne m'a jamais posé la question.

En juin 2007, nous nous sommes finalement séparés. »

 

Kaletra et Truvada

« Durant toutes ces années, je ne me suis jamais soigné. J'espérais secrètement redevenir séronégatif avec le temps. Cela arrive parfois ... Pas à moi.

La maladie m'a fauché au retour d'un voyage au Chili en juillet 2007. Je ne me sentais pas bien. Ma belle-soeur m'a traîné à l'hôpital. Les résultats étaient catastrophiques. Le sida avait rongé toutes mes défenses immunitaires. A tel point que la moindre angine risquait de me tuer. Avec le recul, j'ai compris que la libido décroissante, les zonas, dépressions, fatigues .. . avaient été autant de signes avant-coureurs du sida. Cette fois, il s'agissait d'une maladie opportuniste qui avait atteint mon cerveau. Les médecins m'ont diagnostiqué une encéphalite. Les docteurs ne me donnaient plus qu'un à six mois de rab. J'ai eu du mal à encaisser la nouvelle. Comment vivre avec une mort programmée lorsque tu conserves des rêves plein la tête? Finalement, je m'en suis sorti. .. Les médecins n'ont pas toujours raison. »

 

« Avoir chopé le sida n'est pas mon plus gros regret. Je m'en veux davantage de ne pas m'être soigné plus tôt. Si je n'avais pas tant attendu, je travaillerais peut- être encore. J'aurais sûrement encore tous mes amis. Je me serais installé dans ma maison ...

 Aujourd'hui, je vis grâce à la trithérapie. Deux cachets de Kaletra le matin, deux autres le soir. Un Truvada le matin. Les effets secondaires me rendent malade. J'ai mal aux jambes. Parfois, la douleur est tellement vive que j'ai envie de me les couper. Je souffre aussi de diarrhées et de grosses fatigues. Le traitement a cependant mis le virus en sommeil.

II est désormais indétectable. Cela limite les risques de contamination .

Comme on dit, je suis un porteur "sain" du virus»

« Tout ce que je peux attraper, c'est une nouvelle maladie opportuniste. J'ai par exemple appris que je souffrais d'un début de cancer. Lorsque mon spécialiste m'a parlé d 'un nouveau protocole efficace, je lui ai dit "banco". Je voulais l'expérimenter. Je suis désormais impatient de me soigner. J'ai pas envie de crever. J'ai la rage de vivre et ça me maintient en vie. L'expérimentation a finalement capoté sous prétexte qu'elle coûte trop cher à " hôpital. Ne pas être soigné pour un problème de fric me met hors de moi. »

 

Amour

« Je passe mes journées à me battre contre le sida. C'est usant. Outre la maladie, il fau t que je me bagarre contre les cons, l'administration, la justice la paperasserie . .. Durant le traitement pour mon problème au cerveau, j'ai été placé sous curatelle. Avec cette maladie neurologique, je ne savais plus ce que je faisais. J'ai rapidement claqué 50000 des 100000 € que m'a rapporté la vente de ma maison. Certaines personnes ont profité que je sois malade pour abuser de moi. Une fois guéri, j'ai mis des mois à convaincre les juges de me défaire de cette procédure. J'ai cru étouffer. Il m'est arrivé d'avoir des envies de meurtre. De suicide aussi. ..

 

Dans ces moments, les vrais amis se comptent sur les doigts d'une main. »

 

« En apparence, je renvoie l'image de quelqu'un de rigolo et de tenace. Personne n'est cependant là quand je suis seul. Quand je cogite toute la nuit. J'ai merais tellement qu'on m'aime comme je suis. Qu'on arrête de me voir comme un extraterrestre. Pour beaucoup, je ne suis qu'un petit pédé qui a le sida et vit avec 680 € d'aides socia les. Ça me détruit de voir un ami qui ne veut pas boire dans mon verre de peur d'être contaminé. Lorsque quelqu'un fait un pas de recu l quand je m'approche, ça me fout à chaque fois une claque. Pire encore lorsqu'on préfère me tendre la main plutôt que de me faire la bise. En France, "sida" reste un gros mot parce que ça s'attrape par le sexe ou la toxicomanie. Mais baiser, c'est beau. Depuis quand crève-t-on d'aimer? J'enrage.»

 

« Aujourd'hui, les jeunes ne sont plus assez informés sur le sida. Il y a quelques semaines, une étudiante s'est assise en face de moi dans le train. On a commencé à causer. Le sida s'est finalement imposé comme notre sujet de discussion. El le ne connaissait pas les modes de contamination. Cette étudiante en licence croyait que le VIH pouvait se transmettre par la salive .. .

Un peu de prévention peut sauver une vie.»

 

« Pour ma part, c'est trop tard. Je vais mourir un jour plus ou moins proche.

Je sens que ce sera d'un AVe. Comme Mano Solo, le sida ne me tuera probablement pas. Les maladies qui en découlent auront raison de moi. J'ai décidé de m'accrocher. Je dois rester en vie pour mon compagnon. J'ai eu beau le repousser ces derniers mois, il ne m'a pas quitté. Samy m'aime pour ce que je suis. Pour lui, peu importe que je sois porteur du virus. Il a compris que je n'ai pas besoin de pitié, mais de messages d'espoir et d'amour. Voilà ce dont j 'ai besoin pour me reconstruire. » •

 

Benjamin Keltz

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Source : Article publié dans Le Mensuel de Rennes / avril 2010 www.lemensuelderennes.fr

 

Commentaires
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patrice  - les reactions   |87.90.43.xxx |2010-06-15 22:46:49
Je suis l'auteur de ça
et bien la réaction de mon specialiste VIH "ça veut dire quoi cette rage" ma réponse si je suis encore en vie c'est grace a elle !!!
2ème commentaires : "mais vous etes voyant la" ma réponse est alors et si je ne suis pas soigné sur mon pré-cancer c'est un courrier au directeur du CHU ah ah ah sa réponse "oh non arretez maintenant" et je me suis cassé sans rien dire
coll
Gabrielle  - ????????????   |90.31.194.xxx |2010-08-08 12:02:51
Tu as la grande chance d'ètre aimé,de ne pas ètre vraiment seul dans la vie! c'est le plus important!!
comprends le,ne demande pas plus!
D'autres ont connu tout ce dont tu parles et plus encore.....(trop long à énuméré)trahison du conjoint sur tous les plans y compris financier,rejet de la part de ses enfants qu'il a cependant traité durant toute sa vie comme des dieux,se sacrifiant constamment pour eux,reste de la famille qui l'ignore,exct....et sont seuls de chez seul à longueur de vie!cela,c'est le pire des enfers!!se savoir non aimé des siens!!et ne pas avoir de compagnon pour avoir le minimum d'affection dont un ètre humain à besoin pour trouver la force de continuer le chemin!!
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